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Les rues étaient pavoisées. Les cloches sonnaient,
le drapeau du bataillon reçut des mains de Mourraille une couronne
civique en lauriers puis lut déposé à l'hôtel
de ville. Le 16 septembre, un second bataillon de volontaires était
allé à Paris afin d'y relever celui « du10 août.
». II fut dit plus tard " du 21 janvier » car il assista
à l'exécution de Louis XVI (21 janvier 1793) avant d'en repartir
le 6 février. Il n'a guère laissé de souvenirs dans
l'Histoire car il fut pris d'emblée dans les luttes politiques opposant
à la Convention les députés jacobins, désormais
divisés entre deux tendances, les Girondins — dont était
Barba-roux, élu des Bouches-du-Rhône — et les Montagnards,
parmi lesquels se trouvaient d'autres Marseillais. La représentation
de Marseille à l'Assemblée était désormais désunie
en des factions hostiles ; à Marseille, le Club désavouait
Barbaroux.
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En ces premiers mois de 1793, alors que les Montagnards prenaient
rapidement l'avantage, un problème grave se cristallisait: celui
de la marge d'action qui pouvait encore être reconnue à une
grande ville comme Marseille, dès lors que la souveraineté
ne résidait plus en un « tyran » mais dans une assemblée
élue au suffrage universel. Certes, en mars 1793, D'Anton faisait
encore son éloge: « Marseille s'est dite la Montagne de la
République. Elle se gonflera cette montagne et elle roulera les rochers
de la Liberté sur tous les monstres qui veulent la tyrannie et l'oppression.
» Mais, le 23 août 1792, les Marseillais venaient encore d'accomplir
une «expédition » à Aix pour en transférer
à Marseille l'administration départementale. Il n'était
plus question, aux yeux des Montagnards, de leur reconnaître pareille
autonomie: l'impulsion viendrait désormais de Paris...
ET «VILLE SANS-NOM»
A Marseille, la « dictature » du Club était le reflet
de cette politique montagnarde. En mars 1793, la Convention envoyait dans
la ville deux représentants en mission, les députés
montagnardsBayle et Boisset, <.qui transposaient dans la vie politique
marseillaise l'affrontement entre la Montagne ci la Gironde. Prononçant
d'autorité la destitution et l'arrestation du maire de Marseille,
ils se heurtèrent à l'hostilité grandissante des Sections
et jugèrent prudent de quitter la ville dont, avouaient-ils. «
l'esprit public a changé ». Les Sections, se déclarant
« en état de résistance légale », avaient
constitué un Comité central qui Fît fermer et saccager
le 3 juin le club de la rue Thubaneau ; apprenant la cloute de la Gironde
le 2 juin 1793 et l'arrestation des principaux députés girondins
— dont Ch. Barbaroux — il se déclara en insurrection
contre la Convention, que les Montagnardes dominaient désormais.
Marseille participait donc à la révolte fédéraliste,
ce large soulèvement de plusieurs régions de France contre
la Convention, la ville fut reprisse militairement le 25 août par
l'armée du général Carteaux, et connut une terreur
dont l'ampleur n'est nullement négligeable et l'impact d'autant plus
fort quelle s'accompagna de destructions symboliques : les monuments qui
avaient servi de « repaires » aux Sections rebelles turent rasés
(ainsi l'église des Accoules). Marseille subit de surcroît
des brimades inutiles. Elle perdit jusqu'à son toponyme et fut quelque
temps la « Ville sans-nom » Aux 123 condamnations à mort
de la Terreur montagnarde dont celles (. les grands négociants- s’opposa
bientôt le meurtre de 107 suspects de jacobinisme, enfermés
dans le Fort Saint-Jean et massacrés le 10 mai 1795 par les «
sabreurs » royalistes. Parmi ces victimes Figuraient au moins 14 membres
du Bataillon du 10 août. |