L' école de Mars

 

 

Son nom provient tout simplement de celui d' une école militaire au caractère très révolutionnaire créée par la Convention. Malgré les récentes victoires des armées de la Révolution et la formation de l' armée de Sambre et Meuse, le manque de cadres, dû principalement à l' émigration et à l' emprisonnement de nombreux officiers de la noblesse, se fait sentir. De plus Robespierre est à l' apogée de sa puissance - la fête de l'Etre suprême n' est pas loin - aussi lui et son équipe se sentent-ils de structurer les corps de l' Etat selon leurs propres objectifs.

Pour mettre en pratique ses idéologies, la Convention décide de créer une école militaire en recrutant des jeunes gens de seize à dix-sept ans et demi, qui, sous le nom d' élève de Mars, recevront une éducation révolutionnaire et acquéront que tous les connaissances et les moeurs d' un soldat républicain.

C' est ce qui résulte du décret du 13 prairial an II ( I juin 1794) édicté par la Convention. Ce texte comporte la signature de nombreux députés.

La création de cette école représentait une grande ambition, il était prévu qu 'elle reçoive plus de trois mille soldats. Les sergents recruteurs, appelés pour l' occasion, agents nationaux, devaient envoyer à Paris six jeunes citoyens pour chacun des cinq cent trente quatre districts, subdivisions administratives des départements. Ils les prendront parmi les enfants des sans-culottes, la moitié parmi les citoyens peu fortunés, des campagnes, le reste dans les villes "parmi les volontaires blessés dans les combats ou qui servent dans les armées de la République". Il ne semble pas que l' on ait fait appel à des volontaires, ce fut plutôt une véritable réquisition puisque le décret ajouté : les agents choisiront les mieux constitués, les plus robustes, les plus intelligents et qui ont donné des preuves constantes de civisme et de bonne conduite". Notons que la commune de Paris devait fournir quatre-vingts élèves.Une fois sélectionnés dans chaque district, ces six jeunes adolescents doivent, sous la surveillance "fraternelle" de l' un d' eux, se rendre à Paris quasiment par leurs propres moyens. De quelque coin de la France qu 'ils viennent, ils seront à pied et sans armes "ils voyageront comme les défenseurs de la République et recevront l' étape en route". Ces jeunes recrues ne doivent pas perdre de temps car il est dit que les élèves seront en route dix jours après la réception du décret dans chaque district, ce qui nous amène à la fin de prairial (mi-juin), mais comme il est également écrit qu' il ne sera plus reçu d' élèves dans l' école de Mars après le 20 messidor (8 juillet), il ne reste qu 'une vingtaine de jours pour le voyage.

Décret de la Convention sur la formation de l' école de Mars
C' est maintenant que nous allons retrouver Neuilly, petite bourgade située à l' ouest de Paris près du pont du même nom. N' oublions pas que la limite de Paris s' arrêtait à l' actuelle place de l'Etoile, où se trouvait la barrière de Neuilly et qu' entre cette dernière et le village s' étendaient de vastes terrains non urbanisés, parmi lesquels la plaine des Sablons délimitée approximativement par ce qui est maintenant les avenues de Neuilly et des Termes. C' est sur cet emplacement que, quelques années plus tôt, un dénommé Parmentier, avait effectué ses essais sur la culture de la pomme de terre, c' est sur ces terrains que la Convention a choisi d' établir l' école de Mars. Y a-t-il des bâtiments? Sûrement pas. En réalité, cette école n' était qu' un vaste camp (comme nous pouvons le remarquer sur la photo), puisqu' il est dit que les élèves resteront sous la tente tant que la saison le permettra, ce qui fut le cas : l' école ne passera pas l' automne.

Un commissaire de guerre était chargé de recevoir les élèves et de les placer. Ce dut être une vaste entreprise avec vraisemblablement beaucoup de pagaille pour organiser la vie de ces milliers d' adolescents qui, du fond de leur province, arrivaient pour la première fois à Paris. Il était prévu que l' école s' occuperait de tout : " les élèves de l' école de Mars seront habillés, armés, campés, nourris et entretenus aux frais de la République". Le peintre David devait en dessiner les uniformes, ils en furent prêts squares le 9 thermidor en taillés dans des tissus de toutes couleurs.

L' école était interarmes puisque ses futurs cadres devaient être exercés aux manoeuvres de l' infanterie, de la cavalerie et de l' artillerie. Ils devaient apprendre les principes de l' art de la guerre, les fortifications de campagne et l' administration militaire. Vaste programme pour des jeunes qui ne devaient guère posséder d' instruction de base.Mais ils devaient surtout être aguerris et leur esprit fractionné suivant les objectifs fixés par la Convention : "Ils seront formés à la fraternité, à la discipline, à la frugalité, aux bonnes moeurs, à l' amour de la Patrie et à la haine des rois"

Voilà pour la théorie, la réalité devait être assez différente. Par exemple, le 19 fructidor an II (4 septembre 1794), soit deux mois après l' ouverture du camp, une lettre du commissaire de guerre, un dénommé Cotel, demandait à la commission des Armes et Poudres de la République de lui fournir le plus tôt possible : 10 000 pierres à fusils, 350 pinces goupilles, 36 morceaux de serge grasse; le besoin de ces objets étant très pressant. Cette lettre était appuyé en post-scriptum d' un ordre du représentant du peuple, près de l' école de Mars à Peyssard, député de la Dordogne à la Convention "Il est urgent d' ordonner, l' envoi des objets ci-dessus détaillés pour empêcher la dégradation des armes "

 

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